L’autre soir, j’ai voulu remplacer ma bouilloire. La vieille avait rendu l’âme en plein milieu d’un thé, ce qui est une façon assez théâtrale de mourir pour une bouilloire.
Comme je suis quelqu’un de bien (je sais c’est une évidence..!), je me suis dit : tiens, je vais en prendre une fabriquée en France. J’ai tapé « bouilloire fabriquée en France » dans Google. Et là, le grand n’importe quoi.
Sommaire
- Le grand écart à 71 % contre 13 %
- Ce que votre acheteur tape vraiment dans Google (et ce n'est pas "made in France")
- Pendant ce temps, Europages et Kompass occupent votre place
- Les 3 pages qui vous rendent trouvables
- Le truc que personne n'a vu venir : vos acheteurs demandent à... une IA
- Le p'tit récap :
Des marques qui disent « conçue en France » (donc fabriquée ailleurs). Des blogs comparatifs qui se recopient les uns les autres. Des boutiques qui mettent un petit drapeau bleu blanc rouge sans que je sache jamais qui visse réellement le bidule. J’ai mis vingt minutes. Pour une bouilloire.
À un moment je me suis surprise à grommeler toute seule devant mon écran : « mais elle est OÙ, l’usine qui fabrique vraiment ça. »
Et c’est là que ça a fait tilt et que j’ai commencé à investiguer sérieusement. Parce que ce que je venais de vivre pour une bouilloire à 40 euros, vos clients le vivent tous les jours. Sauf qu’eux, ils ne cherchent pas une bouilloire. Ils cherchent un tôlier, un usineur, un fabricant de cartes électroniques. Et ils ont un budget à six chiffres.
Le grand écart à 71 % contre 13 %
Janvier 2026, une étude qui s’appelle AgileBuyer-CNA est sortie. Elle interroge chaque année les directions achats des entreprises françaises (881 répondants cette fois). Et elle dit un truc fascinant.
71 % des acheteurs déclarent que « fournisseur français » est un critère quand ils attribuent un marché. C’est 11 points de plus qu’en 2025. La courbe monte depuis des années.
Sauf que la même étude dit aussi ceci : seulement 13 % d’entre eux demandent vraiment une relocalisation à leurs fournisseurs.
Vous voyez le grand écart ? 71 % qui le veulent sur le papier, 13 % qui passent à l’acte. (Restez avec moi, c’est là que ça devient intéressant pour vous.)
Ce n’est pas de l’hypocrisie ! C’est de la mécanique d’achat toute bête. Le « français » est devenu ce qui départage deux devis quasi équivalents, pas ce qui déclenche l’achat. À prix proche, à délai proche, le drapeau fait pencher la balance. Mais il ne la fait pas pencher tout seul.
Conclusion qui change tout : votre acheteur ne se réveille pas le matin en se disant « je veux du français coûte que coûte ». Il se réveille en se disant « il me faut un sous-traitant capable de me faire CETTE pièce, dans CE délai, avec CETTE certification ». Et SI en plus c’est français et au bon prix, banco.

Ce que votre acheteur tape vraiment dans Google (et ce n’est pas « made in France »)
Voilà l’erreur que je vois passer à peu près chaque semaine. Une PME industrielle décide enfin de soigner sa visibilité, et elle colle « Made in France » partout. Sur la page d’accueil, dans le slogan, en gros, avec le petit drapeau.
Le problème, c’est que « made in France » tout seul, c’est un mot que tapent surtout les particuliers qui cherchent des chaussettes ou une bouilloire (coucou). Pas un acheteur industriel.
Lui, dans sa barre de recherche, il tape des choses beaucoup plus précises. Genre :
- « sous-traitant usinage inox France »
- « fabricant cartes électroniques Auvergne-Rhône-Alpes »
- « tôlerie fine EN 9100 »
- « injection plastique technique petite série France »
Vous remarquez ? Il met le métier, parfois la norme, parfois la région. Le mot « français » est dedans, mais noyé dans une recherche ultra ciblée. Ce sont des recherches que presque personne ne couvre correctement aujourd’hui. Faible volume, certes. Mais chaque personne qui tape ça est un client potentiel à fort montant. Pas un curieux.
C’est que nous avons décidé de faire pour une PME locale du secteur BTP.
Et c’est exactement là que vous avez une carte à jouer. Pas sur le drapeau. Sur le savoir-faire précis, dit avec les mots du client.
Pendant ce temps, Europages et Kompass occupent votre place
Faites le test, là, maintenant. Tapez votre métier suivi de « France » dans Google. Je parie une bouilloire (neuve) que vous tombez sur des annuaires : Europages, Kompass, Soutraico, et compagnie.
Ces plateformes répondent à moitié à la question. Elles listent des centaines de boîtes en vrac, sans expliquer qui fait quoi vraiment. L’acheteur clique, soupire, revient. (Personne n’aime ça, soyons honnêtes.)
Et votre savoir-faire à vous, dans tout ça ? Vos certifications, votre parc machine, le fait que vous produisez vraiment dans votre atelier de Roubaix et pas dans un container quelque part ? Invisible. ET le pire c’est que c’est même pas parce que vous n’êtes pas bons. C’est parce que personne ne l’a écrit de façon à ce que Google puisse le comprendre.
C’est un peu rageant quand on y pense. Vous avez le produit. Vous avez l’usine. Vous avez même le label. Mais sur internet, vous n’existez pas pour celui qui vous cherche.
Les 3 pages qui vous rendent trouvables
Bon. Assez râlé. Concrètement, qu’est-ce qu’on fait.
L’idée n’est pas de « faire du SEO » dans l’absolu (mot qui fait peur et qui veut tout dire). L’idée, c’est de créer trois types de pages que votre futur client puisse trouver quand il cherche.
Une page par savoir-faire. Adieu la page unique « nos services » ultra vague. Une page par procédé que vous maîtrisez : l’usinage, la tôlerie, le traitement de surface, ce que vous voulez. Avec ce que vous savez faire, pour quelles pièces, quelles matières, quelles séries. Et tout ça, dit clairement.
Une page par certification ou norme. Vous êtes certifié EN 9100, ISO 9001, vous êtes labellisé Origine France Garantie ? Ça mérite sa page, parce que des acheteurs cherchent exactement ça. Une norme, c’est un mot de passe entre vous et le client. Autant le mettre sur la porte.
Une page par zone géographique si ça a du sens pour vous. « Sous-traitant mécanique Hauts-de-France », par exemple. Parce que beaucoup d’acheteurs veulent un fournisseur proche, pour les délais, pour aller voir l’atelier, pour réduire le transport.
Sur chacune de ces pages, vous répondez à la vraie question du client. En haut, en clair, en quelques lignes. (Pas un roman). Ce que vous faites, pour qui, où, avec quelles preuves.
Et là, petit aparté important : ce travail-là ne remplace PAS vos commerciaux, ni vos salons, ni le bouche-à-oreille qui vous fait vivre depuis vingt ans. Ça vient en plus. C’est juste une porte d’entrée supplémentaire, pour les gens qui ne vous connaissent pas encore mais qui cherchent précisément ce que vous savez faire.
Le truc que personne n’a vu venir : vos acheteurs demandent à… une IA
Je garde le meilleur pour la fin, parce qu’il est en train de bouger sous nos pieds en ce moment même.
La même étude de 2026 dit que 63 % des acheteurs utilisent maintenant une intelligence artificielle dans leur travail. Et 53 % s’en servent pour chercher des fournisseurs.
Traduction : votre futur client ne tape plus seulement dans Google. Il demande à ChatGPT ou à un autre assistant « trouve-moi trois fabricants français capables de faire telle pièce ». Et l’IA répond en piochant dans ce qu’elle trouve sur le web.
Devinez quoi. Si votre savoir-faire est bien expliqué quelque part, vous pouvez sortir dans cette réponse. S’il est planqué dans un PDF illisible ou inexistant, vous n’existez pas non plus pour la machine. Le même angle mort, sur un nouveau canal.
C’est encore tout frais, c’est encore peu travaillé par vos concurrents. Ce qui veut dire qu’il y a une fenêtre, là, maintenant, pour prendre de l’avance pendant que les autres regardent ailleurs. (Va savoir combien de temps elle reste ouverte.)
Le p’tit récap :
Le « français » n’est pas un argument magique. C’est ce qui vous fait gagner à prix égal, à condition qu’on vous trouve. Et aujourd’hui, la plupart des bons fabricants français sont introuvables pour celui qui les cherche, humain ou machine.
La bonne nouvelle, c’est que ça se répare : En expliquant votre vrai savoir-faire, avec les vrais mots de vos clients, sur des pages faites pour ça.
Ma bouilloire, je l’ai trouvée, au passage. Vingt minutes de ma vie, mais je l’ai trouvée. Vos clients, eux, n’ont pas vingt minutes. Ils prennent le premier qui répond clairement.
Si vous fabriquez quelque chose de bien en France et que personne ne le trouve sur Google, ça m’agace presque autant que vous. On peut en parler.